
Artiste plasticien espagnol, Joan Cursach est né en 1973. Il étudie les beaux-arts à Valence, s’installe un moment à Majorque, puis à Cuenca, avant de rejoindre Marrakech où il vit et œuvre actuellement. Cursach développe une peinture particulière hantée, de bout en bout, par la figure effrayante de la clôture dans un monde de plus en plus et de part en part défiguré par l’érection des murs, cloisons, barrières et autres frontières qui séparent les êtres. De lieu de séjour et de vie, le monde se transforme en espace d’enfermement où suinte la dégradation et l’avilissement. L’aspect volitif, voire agressif du mur, tel que Cursach le peint et le donne à voir, voue les humains à une extrême détresse. Aussi Joan élimine-t-il tout élément décoratif ou ornemental et fait ainsi de l’espace-monde une boîte sinistre, lugubre, oppressante. La structure murale déstabilise ainsi la relation fragile entre l’homme et l’espace et fait surgir des êtres hiératiques tourmentés. Ils sont souvent dressés verticalement au-dessus des murs qu’ils ont probablement escaladés grâce à une échelle bricolée. Mais ils n’osent s’aventurer de l’autre côté, comme si derrière le mur, il y a encore un mur. Manchots figés et privés de l’usage de leurs mains, ils exhalent leur détresse et leur mal-être dans une sorte de procession névrotique : crachats encre noire, rouge sang… La peinture de Cursach est parlante d’humilité et de lucidité. Avec des matériaux aussi réduits qu’acrylique, terre, journaux froissés, cartons usagés, il a réussi à poser un regard lucide, mais profondément mélancolique, sur les balafres de notre temps.
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