
Dans ses immenses photographies nocturnes, Touhami Ennadre piste la difficile dialectique entre la vie et la mort. Ses photos imposantes, sombres comme le jais, fonctionnent comme des emblèmes modernes de la violence qu’on trouve au cœur même de l’existence humaine. Elles donnent un témoignage silencieux des ravages du temps qui brisent les corps vieillissants, la rupture corporelle que constitue la naissance, les actes volontaires de sauvagerie qui ravagent des populations entières. A défaut d’avoir eu un enseignement formel de la photographie, Ennadre a développé une méthode de travail fort originale : il travaille avec un appareil Hasselblad, auquel il attache deux lampes torches (une au-dessus et une en dessous). Cette forme d’éclairage inhabituelle a pour but de contrôler ou bannir toute ombre non désirée dans la photo. Les sujets sont photographiés en grand-angle de très près, ce qui enlève à l’image toute illusion de profondeur.
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